Décès de Geneviève Calame-Griaule

Décès de Geneviève Calame-Griaule

Geneviève Calame-Griaule, figure intellectuelle majeure de l’oralité et des langues d’Afrique, est décédée le 23 août 2013 à 89 ans.

Directrice de recherche honoraire au CNRS, élève de Marcel Griaule, son père, et de Claude Lévi-Strauss, elle a conduit, à partir de 1946, de nombreuses missions ethnographiques au Mali, chez les Dogons, et au Niger.

Elle a contribué à fonder l’éthnolinguistique en tant que discipline et a livré un combat sans relâche pour la reconnaissance de l’oralité et des langues d’Afrique.

Invitée en 2005 par MONDORAL à répondre avec d’autres à la question « Pourquoi faut-il raconter des histoires ? », elle évoquait le sens donné à la parole chez les Dogons :

« Le mythe de création [des Dogons du Mali] relate que le dieu Amma a créé l’univers avec sa parole. Les premiers hommes qui sont arrivés sur la terre, après diverses péripéties, étaient comme des nouveau-nés qui ne savaient pas crier. Le moniteur Nommo, fils du dieu créateur (…) expectora des fils de coton et inventa le premier métier à tisser, sa langue fourchue lui servant de navette. Il parlait et sa parole se fixait dans le tissu. La première parole fut donc la première bande tissée. [À sa suite, la parole vint aux hommes]. Elle est forgée dans les profondeurs du corps humain : le cœur est le feu, les poumons sont les soufflets… Au niveau de l’appareil phonatoire, la parole, qui s’élève sous forme de vapeur d’eau, devient sonore puis est « tissée » : la langue est la navette, les dents sont le peigne du métier… Le discours se forme dans la bouche où il reçoit forme, couleur, dessin, et sort comme une bande de coton qui se déroule. (…) On voit que, dans la pensée africaine, la conception de la parole humaine (…) est en relation étroite avec les composantes de la personne, dont elle est considérée comme la plus haute production.

La parole étant un don divin, l’homme doit s’en montrer digne et en faire bon usage. La maîtrise de la parole, l’emploi à bon escient des mots efficaces, ou, selon les cas, le silence, la discrétion, le respect du secret, constituent une véritable éthique ».

Bibliographie sélective :

– « Ethnologie et langage. La parole chez les Dogons », Institut d’Ethnologie, 1987

– « Le renouveau du conte », éditions CNRS, 1991

– « Contes tendres, contes cruels du Sahel nigérien », Gallimard, 2002

– « Contes dogon du Mali », Karthala, 2006

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