Bruno de La Salle

Conteur d’épopées et figure majeure du renouveau du conte en France

« Bruno de La Salle s’impose comme le chantre du récit oral. Conter, pour Bruno de La Salle, n’est pas affaire d’archéologie : il s’affiche clairement du côté des modernes, de ses frères les chroniqueurs, les humoristes, comme Raymond Devos, Guy Bedos ou Dario Fo qui s’engagent par la parole dans la société. » Télérama

Adolescent, Bruno de La Salle commence à écrire des poèmes et du théâtre et reçoit les encouragements de Luc Estang, Jean Cayrol et Jean Dasté. Il compose alors une série de rêves parlés qu’il interprète devant de petits groupes d’amis. A vingt ans, il entreprend son tour du monde : Moyen-Orient, Afrique, Australie, Inde…

De retour à Paris, il se produit avec ses rêves dans les cabarets de la Rive Gauche et fréquente les musiciens travaillant autour des frères Baschet, le Groupe des Lettristes. Il rencontre André Voisin et Marie-Louise Tenèze du musée des Arts et Traditions Populaires qui l’initient à leurs travaux respectifs sur le conte. Il suit des cours de sociologie à la faculté de Censier.

Mai 1968 et ses bouleversements le conduisent à repenser son action poétique à travers une forme contemporaine qui s’apparenterait à la littérature orale traditionnelle. Il lui reste à la définir et à l’expérimenter avec d’autres artistes.

Il commence en 1969, avec la narration musicalisée de deux versions transposées du Chaperon Rouge et de la Pêche de Vigne, en s’accompagnant d’un orgue de verre Baschet, au Théâtre de l’Epée de Bois, puis au Festival d’Avignon où il revient, depuis lors, presque chaque année.

Ces récits suscitent immédiatement chez les responsables culturels un mouvement d’intérêt pour cette forme d’expression que chacun pensait disparue. Il est très rapidement sollicité pour raconter dans toute la France et à l’étranger. Pendant quatre années, il va faire un premier apprentissage en se produisant dans des écoles, des bibliothèques, des MJC et des festivals.

Il remarque vite, cependant, que cette idée d’un art disparu le classe au rang des « antiquités », alors qu’il conçoit au contraire le conte comme un art de demain.

Tout en continuant à raconter, il s’attache, dès lors, à sensibiliser tous les gens qu’il rencontre à la modernité de cette expression, et les incite à participer à son développement. C’est dans cette intention qu’il va, jusqu’au milieu des années quatre-vingt, susciter des rencontres, des stages et des ateliers, et produire de nombreuses émissions radiophoniques en France et dans les pays francophones.

En 1972, pour l’ERA de Genève et à l’invitation de René Zosso, il organise un premier atelier de contes qui sera suivi de bien d’autres, en particulier à la bibliothèque expérimentale pour la jeunesse de La Joie par les Livres, au Petit Clamart, à l’abbaye de Royaumont avec l’aide de Nacer Khémir, au sein de l’association l’Age d’Or de France avec Evelyne Cevin, à Grenoble dans les bibliothèques de quartier.

En 1977, il suscite la première rencontre de nouveaux conteurs à Vannes avec une dizaine d’artistes, écrivains, chanteurs, chercheurs, bibliothécaires ; puis en 1979, une seconde rencontre au Centre Georges Pompidou qui est relayée par France Culture, radio alors dirigée par Yves Jaigu.

Ces rencontres et ateliers lui donnent l’occasion d’accompagner les débuts des principaux conteurs d’aujourd’hui qui, comme il l’a fait avant eux, commencent, dans cette fin des années soixante-dix, à exercer ce nouveau métier sous des formes et dans des conditions extrêmement variées.

Craignant de voir le mouvement du « renouveau du conte » rangé dans la catégorie des arts mineurs, il fonde en 1981 à Chartres le CLiO, Centre de Littérature Orale, devenu par la suite le Conservatoire contemporain de Littérature Orale dont il est toujours le directeur. C’est là qu’il réalise ses premières grandes récitations collectives et musicales avec le compositeur Jean-Paul Auboux et le soutien de France Culture et du Festival d’Avignon. En 1981, L’Odyssée d’Homère, qu’il reprendra en solitaire en 1991 ; en 1982 et 1983, Le Récit de Shéhérazade ; en 1984 et 1985, Le Cycle du Roi Arthur.

Au cours de ces créations, il fait connaître une seconde génération de conteurs tels qu’Abbi Patrix, Yannick Jaulin, Michel Hindenoch, Pascal Fauliot, Jean-Lou Bally…

Il réalise en même temps, pour France Culture, de nombreuses émissions de radio, soit de création, soit d’information sur la littérature orale universelle ou sur le conte contemporain.

Il organise ou participe à la mise en place de festivals de conteur, comme ceux de Chevilly-Larue, des Oralies de Provence, des Arts du Récit à Montpellier et de Radio France.

La fréquentation des grands textes qu’il présente presque chaque année lui montre la nécessité de développer un style oral spécifique à la narration, au sein de laquelle la métrique, le rythme et le chant sont prépondérants. L’étude, l’adaptation, la réécriture ou la traduction de ces textes grecs, moyen-orientaux, celtes, médiévaux et plus récemment celle du Récit ancien du Déluge, genèse mésopotamienne, sont pour lui des occasions d’apprentissage sans cesse renouvelées.

Il publie, de 1985 à 1990, une série d’albums, « Les Contes de toujours », pour laquelle il réécrit à partir de versions orales collectées, les contes traditionnels français les plus célèbres. Puis, en 1996, une autobiographie contée : Le Conteur amoureux qui rassemble une partie de ces contes, accompagnés de réflexions sur son métier.

Ses deux dernières créations, La Chanson des Pierres en 2004 et Méga Nada en 2009, sont des épopées contemporaines qui témoignent avec force de sa conception de la narration musicalisée et d’un parcours riche de 40 ans d’expériences.

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