Bruno de La Salle – Histoire : Oin Oin

Bruno de La SalleChers amis, comme vous le savez, je dois prendre un train pour une destination à découvrir. Ce n’est pas moi qui ai pris le billet ! Ce sera une surprise. Je pars d’une maison propice aux histoires et à ceux qui les racontent pour aller en découvrir d’autres. Les conteurs sont des oiseaux migrateurs. Il serait temps que je m’en souvienne.

Pendant que je faisais mes bagages je me suis souvenu d’une histoire que des amis helvétiques m’ont racontée, il y a longtemps. Peut-être m’aidera-t’elle puisque les histoires comme les chaussures ne sont là que pour nous aider à marcher. C’est à Oin Oin qu’elle arrive.

Oin Oin est très connu là-bas. On aime sa naïveté, son bon sens. C’est un homme organisé, soigneux qui n’aime pas la poussière dans sa maison. Il laisse ses chaussures devant la porte pour ne pas salir. Il n’est jamais sorti de chez lui et voilà qu’il doit partir lui aussi. Il va devoir prendre le train, il ne l’a jamais pris et ne sait même pas à quoi il sert. C’est un sage qui est resté loin de la civilisation.
Il est très excité à l’idée d’être invité, comme on le lui a expliqué, dans une maison qui bouge. Il range la sienne qui, elle, n’a jamais bougé, et dans laquelle il a reçu tant d’amis. Il fait ses bagages, enfile un bon pantalon, un gros pull-over, une bonne veste bien chaude et ses vieilles chaussures qui lui ont toujours été fidèles et il s’en va à la gare.
Sur le quai, le chef de gare lui indique son compartiment, sa place. Le moment du départ arrive. Il est tout émerveillé à l’idée d’être invité à pénétrer dans cette maison moderne qui, on le lui a dit, va bouger. Avant de monter, il quitte ses chaussures, les pose sur le quai, devant la porte du wagon comme il a toujours fait quand il rentre chez lui pour ne pas salir. Il chausse ses pantoufles  et monte dans le train. Tout ce qu’il découvre de cette maison moderne est pour lui un éblouissement. Le voyage aussi. Il n’a jamais vu un paysage qui se déplace alors que lui-même ne bouge pas.
Lorsque le train arrive à destination, le contrôleur vient le chercher pour l’inviter à descendre. Il le suit. Il descend du wagon, s’apprête à quitter ses pantoufles pour remettre ses chaussures mais elles ne sont plus là au pied du wagon sur le quai où il les a mises. Le contrôleur a beau lui expliquer que ce n’est plus le même quai, que ce n’est plus le même endroit. Oin Oin ne peut pas comprendre que des chaussures que l’on met devant la porte d’une maison pour ne pas salir quand on y entre, quelle qu’elle soit, peuvent ne plus être là quand on en sort. La seule chose qu’il comprend, c’est qu’il a perdu ses chaussures quelque part.
Il se dit que ce voyage c’est exactement comme quand on raconte une histoire. On ne bouge pas mais on fait bouger le paysage. Il suffit de faire bouger le paysage avec une maison qui peut bouger dans tous les sens et ainsi on peut retrouver en racontant ce qu’on a perdu en partant. C’est ce qu’il a fait et il a retrouvé ses chaussures.

C’est ce que je viens de découvrir moi-même en vous racontant cette histoire. J’ai retrouvé, pour un instant, mes chaussures. Et comme il n’y a rien de mieux comme bonheur que celui de retrouver quelque chose que l’on a perdu. Et qu’un bonheur ça ne peut que se partager, je me suis dit que j’ai encore beaucoup de bonheurs à partager avec tous ceux qui font connaitre la bienveillance des histoires, beaucoup de bonheurs à partager avec tous ceux qui viennent prendre le train avec nous pour voyager avec cette grande maison qui bouge, beaucoup de sentiments de gratitude à manifester à tous ceux qui nous ont aidés et qui nous aident à faire vivre cette aventure du CLiO.

Bruno de La Salle
Fondateur et Président d’honneur du CLiO

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